Rassigaïres - Les Scieurs de Long

 
Publié le 1er mars 2010
Blog Souquières
 

Le métier du « scieur de long » consiste à débiter les troncs d'arbre dans leur longueur pour en produire des plateaux de menuiserie et tout le débit secondaire de charpente (chevrons, tournisses, planches…). Nous leur devons également les étais des mines, les traverses de chemin de fer, les merrains des tonneaux, le bois des allumettes…. 

Ce métier est ancien ; au palais ducal de Nancy un bas-relief gallo-romain représente des scieurs de long, mais c'est au XVème siècle qu'ils sont reconnus comme une profession à part entière. L’art de la scie constitue un des éléments le plus important et original de l’émigration saisonnière des Auvergnats, spécialement des régions montagneuses. 

La fête de Notre-Dame-de-Septembre ou de la Saint-Michel donne le signal du départ et la Saint-Jean marque leur retour. Ils se dirigent vers les forêts de Gascogne, des Pyrénées, de Bourgogne, de Franche-Comté et même vers l’Allemagne et l’Italie (1698 - intendant Lefèvre d’Ormesson). 

Les scieurs partent en brigades, leur chef, le « ganet » recrute dans les villages avoisinant ses compagnons. Une équipe comporte deux scieurs : le « chevrier » qui dirige la scie et le « renard » qui la tire. Ils se déplacent de chantier en chantier, emportant leurs outils de travail : la scie, les haches, les limes, les chaînes et passe-partout. 

Pour leur départ, les scieurs sont chaussés  d'une bonne paire de sabots neufs de fabrication  familiale, ou locale, habillés d'un pantalon de velours épais resserré à la cheville (peau du diable), et de la traditionnelle blaude, l'ample  blouse bleu foncé  recouvrant tricot de  laine et chemise de chanvre, coiffé d'un grand chapeau, emblème de la profession. Les larges bords protègent le visage de la chute de la sciure, roulé en coussinet et mis sur l’épaule il amortit le contact des arbres durant le transport.

Ils emportent pour tout bagage un balluchon avec quelques vêtements de rechange, une paire de sabots d'avance,  un peu de victuailles pour les premiers  jours du trajet,  et bien sûr les outils. 

     

 

 

 

 

En milieu rural, s'ils ne sont pas logés par l'employeur, ils se débrouillent pour trouver un bâtiment inoccupé, ou, cas le plus fréquent, en véritables hommes des bois, ils se construisent une baraque ou deux, sur le lieu même du futur chantier. Parfois ils récupèrent celle abandonnée par l'équipe des bûcherons qui les avait précédés. Ensuite, ils montent un support sommaire (sorte de trépied) appelé la « chèvre » avec les matériaux trouvés sur place. 

Les scieurs prennent alors possession des arbres abattus et ébranchés par les bucherons. Ils les tronçonnent, les écorcent et les équarrissent sur une face afin que l’arbre trouve son aplomb sur la poutre de la chèvre. La bille de bois est montée sur la chèvre et fixée par des chaines. Le chevrier marque les traces des découpes avec un cordeau noirci à la suie, il s’installe à l’extrémité de la bille et d’un geste assuré entame la première ligne. Le chevrier dirige et donne le mordant à la lame que le renard tire à lui. Au milieu de la bille, les scieurs recommencent à la ligne suivante. Lorsque toutes les lignes sont au même  point, la bille est détachée et retournée, les scieurs reprennent leur découpe. La bille est ensuite descendue et les scieurs tranchent à la hache l’espace restant entre deux découpes d’une même ligne. 

L’affûtage des dents de la scie joue un rôle capital dans la bonne exécution du travail. Cette pénible industrie cessa progressivement devant la concurrence des scieries mécaniques. La confection des traverses lors de la création des lignes de chemins de fer leur apportera un ultime travail. 

 
Bibliographie

 

Auvergne – Pierre-François Aleil – 2005 Edition Christine Bonneton

 

GSDS-MC2010
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